Tant que le kWc supplémentaire est autoconsommé à plus de 50 %, il est rentable. En dessous, il finit en surplus vendu 0,04 €/kWh à EDF OA, soit cinq fois moins que sa valeur en autoconsommation. Le seuil critique pour la majorité des foyers se situe entre 6 et 9 kWc. Au-delà de 9 kWc, le surcoût fiscal et tarifaire change la donne : il faut des usages diurnes lourds (recharge intensive de véhicule électrique, pompe à chaleur de piscine, climatisation utilisée en journée) pour le justifier.
Sommaire
La règle simple : 5 fois plus rentable autoconsommé que vendu
Avant de parler puissance, il faut comprendre ce que vaut un kWh produit par vos panneaux. Cette valeur dépend uniquement de ce que vous en faites.
Quand vous consommez directement votre production, chaque kWh remplace un kWh acheté au réseau, facturé environ 0,194 € TTC au tarif réglementé en mai 2026 (option Base, compteur 6 kVA). Quand vous l’injectez sur le réseau parce que vous n’en avez pas besoin à ce moment-là, EDF OA vous le rachète 0,04 € (tarif stable depuis le deuxième trimestre 2025 pour les installations de 9 kWc ou moins, la dégressivité automatique ayant été supprimée pour ce segment, sauf modification de l’arrêté tarifaire). Le rapport entre les deux est de 4,9. Concrètement, un kWh autoconsommé pèse cinq fois plus dans votre rentabilité qu’un kWh vendu.
Cette différence est la clé de tout l’article. Tant qu’un kWc supplémentaire reste majoritairement autoconsommé, il rapporte beaucoup. Dès qu’il finit majoritairement en surplus, sa rentabilité s’effondre. La puissance idéale n’est donc pas celle qui couvre votre toiture, c’est celle qui colle à votre courbe de consommation.
Reste à savoir combien de kWh chaque kWc produit chez vous.
- À Lille : environ 1 000 par an en orientation sud,
- À Paris : 1 050 à 1 100,
- À Lyon : 1 200 à 1 250,
- À Toulouse : 1 250,
- À Marseille : 1 400 à 1 500
Ces chiffres servent de base à tous les calculs qui suivent.
Un panneau perd en moyenne 0,5 % de rendement par an, soit environ 10 % de production cumulée sur 20 ans. C’est à intégrer dans tout calcul de retour sur investissement.
Pourquoi le 7e kWc rapporte moins que le 1er
Tous les kWc d’une même installation ne se valent pas en termes de rentabilité. Et l’écart est plus grand qu’on ne le pense.
Les premiers kWc couvrent votre consommation de base, celle qui tourne en permanence : frigo, congélateur, box internet, veilles, ordinateur en télétravail. Cette consommation est là, quoi qu’il arrive, pendant que les panneaux produisent. Résultat : ces premiers kWc sont autoconsommés à 80 ou 90 %. Leur valeur est maximale.
Les kWc suivants captent les pics ponctuels : lave-linge, four, lave-vaisselle, charge de la voiture si elle est branchée la journée. Le taux d’autoconsommation tombe à 50 ou 70 % selon que vous pilotez vos appareils ou non. C’est encore largement rentable, mais moins que les premiers.
Au-delà, vous produisez aux heures où personne n’est là pour consommer. Sans pilotage, le taux d’autoconsommation moyen d’une installation tourne à 30 ou 40 %. Avec un système de gestion d’énergie (un EMS, c’est-à-dire un boîtier intelligent qui mesure votre production et votre consommation en temps réel et déclenche automatiquement le chauffe-eau, la borne de recharge ou la pompe à chaleur quand vos panneaux produisent), on monte à 60 ou 70 %. Ce type de boîtier coûte généralement 400 à 800 €. Avec une batterie, jusqu’à 85 %, mais la batterie a un coût qui décale le retour sur investissement.
Le prix au watt-crête, lui, baisse peu quand on monte en puissance. Comptez environ 2,25 €/Wc HT pour une petite installation, 1,56 €/Wc HT pour une grosse. Une économie d’échelle d’environ 30 %, pendant que la valeur de chaque kWh produit, elle, peut chuter de 80 %. C’est cet écart qui dicte la limite, et qui explique combien coûte le passage au solaire selon la puissance retenue selon la puissance retenue.

Les trois seuils réglementaires qui changent la donne
L’État a découpé le résidentiel en paliers de puissance qui ne sont pas anodins. Franchir un palier coûte cher, parfois plus cher que le kWc supplémentaire qui vous y fait basculer.
Depuis le 1er octobre 2025, le saut entre 3 et 9 kWc est presque plat fiscalement. La TVA est à 5,5 % sur toute cette plage, mais sous quatre conditions cumulatives strictes :
- Les panneaux doivent respecter un bilan carbone strict (moins de 530 kgCO2eq/kWc), avec des teneurs en argent inférieures à 14 mg/W, en plomb inférieures à 0,1 % et en cadmium inférieures à 0,01 %.
- Ces seuils doivent être attestés par une certification PPE2 V2 délivrée par Certisolis.
- L’installation doit intégrer un EMS.
- Le logement doit être à usage d’habitation (la condition d’ancienneté de plus de 2 ans qui s’appliquait à l’ancienne TVA 10 % n’est pas reprise pour la TVA 5,5 %).
En pratique, à début 2026, seuls deux fabricants disposent de la certification Certisolis PPE2 (Voltec Solar et Jinko Solar) sur quelques références précises. Sans panneaux certifiés, sans EMS, ou avec une batterie sur la même facture, on retombe à 20 % de TVA même pour 4 kWc. C’est un point à vérifier sur le devis. Demandez l’attestation PPE2 V2 du modèle retenu avant de signer.
Le vrai mur arrive à 9 kWc. Au-dessus, la TVA repasse à 20 % sur l’ensemble de l’installation, la prime à 80 €/kWc disparaît au profit d’une prime de 120 €/kWc applicable seulement à la tranche 9-36 kWc, et le tarif de rachat du surplus passe à 0,0473 €/kWh au T2 2026, mais redevient dégressif chaque trimestre (il était à 5,36 c€/kWh au T1 2026). Voici le récapitulatif :
| Puissance | TVA | Prime à l’autoconsommation | Tarif de rachat du surplus | Fiscalité de la revente |
|---|---|---|---|---|
| ≤ 3 kWc | 5,5 % (sous conditions) | 80 €/kWc, soit 240 € maximum | 4 c€/kWh | Exonéré d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux |
| De 3 à 9 kWc | 5,5 % (sous conditions) | 80 €/kWc, soit 720 € maximum | 4 c€/kWh | Micro-BIC avec abattement de 71 % |
| De 9 à 36 kWc | 20 % | 120 €/kWc | 4,73 c€/kWh au T2 2026, dégressif | Micro-BIC avec abattement de 71 % |
| De 36 à 100 kWc | 20 % | 60 €/kWc | 4,73 c€/kWh au T2 2026, dégressif | Micro-BIC ou réel |
Côté fiscalité, contrairement à ce que l’on pourrait croire, le passage de 3-9 kWc à 9-36 kWc ne change rien : le régime micro-BIC avec abattement de 71 % s’applique de manière identique tant que les recettes de vente restent sous 77 700 €/an, ce qui couvre largement tous les particuliers. La seule vraie rupture fiscale se situe à 3 kWc, lorsque l’on passe de l’exonération totale au régime micro-BIC.
Trois précisions importantes pour l’ensemble de ces dispositifs. Tarif et prime sont fixés à la date de la Demande Complète de Raccordement (DCR) auprès d’Enedis, pas à la signature du devis. La pose doit être réalisée par un installateur certifié RGE, sous peine de perdre la prime et le contrat EDF OA. Enfin, l’installation doit faire l’objet d’une déclaration préalable de travaux en mairie avant le début du chantier, formalité gratuite hors zone protégée.
À noter aussi : la vente totale est fermée pour les installations de 9 kWc ou moins depuis mars 2025. Vous ne pouvez plus tout revendre, l’autoconsommation avec vente du surplus est devenue le seul modèle disponible pour les particuliers en dessous de ce seuil. C’est cohérent avec la logique du tarif de rachat à 4 c€/kWh : l’État pousse explicitement vers la consommation directe.
Trois sauts concrets : 3 vers 6, 6 vers 9, 9 vers 12 kWc
Les ordres de grandeur ci-dessous concernent une maison individuelle dans une zone à 1 100 kWh/kWc/an (centre France). Pour le sud, ajoutez 15 à 20 % de production. Pour le nord, retirez-en autant.
| Saut de puissance | Surcoût d’investissement | Production en plus | Valeur annuelle réaliste | Retour sur le surcoût | Cas favorable |
|---|---|---|---|---|---|
| 3 → 6 kWc | 4 000 à 6 000 € | + 3 300 kWh/an | 430 à 540 € (autoconso 60 à 70 %) | 8 à 11 ans | Conso annuelle > 5 000 kWh, presque toujours rentable |
| 6 → 9 kWc | 4 000 à 4 700 € | + 3 300 kWh/an | 310 à 480 € (autoconso 40 à 60 %) | 9 à 14 ans | PAC, voiture électrique chargée la journée, piscine, télétravail |
| 9 → 12 kWc | 5 500 à 7 000 € (TVA à 20 % sur tout) | + 3 300 kWh/an | 250 à 420 € (autoconso 30 à 50 %) | 13 à 25 ans | Cas d’usage diurne précis et chiffré uniquement |
Passer de 3 à 6 kWc se justifie presque toujours dans une maison qui consomme plus de 5 000 kWh/an : c’est sur ce saut que les économies d’échelle jouent à plein et que la consommation diurne reste largement supérieure à la production. Passer de 6 à 9 kWc devient une question de profil, à arbitrer selon vos usages réels en journée. Si votre maison se vide entre 8h et 18h et que personne ne pilote rien, vous payez du matériel pour vendre 4 c€ ce qui aurait pu valoir 0,19€.
Passer de 9 à 12 kWc est un calcul à part. La perte de la TVA réduite, la fin de la prime à 80 €/kWc et la dégressivité du tarif de rachat se cumulent. Le surcoût ne vient pas seulement des trois kWc supplémentaires, il vient de tout ce qu’on perd sur les neuf premiers. C’est le cas typique où le retour marginal explose et dépasse parfois la durée de garantie de l’onduleur.
Calculer votre seuil personnel en cinq minutes
Pas besoin de tableur. Avec quatre chiffres et une calculatrice, vous obtenez votre puissance « naturellement rentable ».
- Étape 1 : trouvez votre consommation annuelle en kWh sur votre dernière facture. Pour une maison sans chauffage électrique, comptez 4 000 à 6 000 kWh/an. Avec chauffage électrique ou pompe à chaleur, 8 000 à 15 000.
- Étape 2 : estimez votre consommation diurne, c’est-à-dire ce qui tourne entre 9h et 17h, quand le soleil produit. Sans équipement pilotable, c’est environ 30 à 40 % de votre consommation totale. Avec une pompe à chaleur qui chauffe la maison la journée, ou une borne de recharge programmée le midi, vous montez à 50 ou 60 %.
- Étape 3 : divisez cette consommation diurne par le productible local. Pour une maison à Lyon qui consomme 10 000 kWh dont 4 000 kWh la journée, le calcul donne 4 000 ÷ 1 200 = 3,3 kWc. C’est votre puissance « absorbée à coup sûr ».
- Étape 4 : au-dessus de cette puissance, chaque kWc supplémentaire produit majoritairement du surplus à 4 c€/kWh. Il reste rentable seulement si son surcoût d’installation est faible et si vous êtes prêt à activer un pilotage ou un stockage pour récupérer une partie de cette production. La règle pratique : ne dépassez pas votre puissance « absorbée à coup sûr » de plus de 30 à 40 %.
Pour notre exemple lyonnais, ça donne une cible entre 4 et 5 kWc en l’état, et jusqu’à 6 kWc si la maison s’équipe d’un pilotage du chauffe-eau et de la borne de recharge.
Le piège : viser 8,9 kWc plutôt que 10 kWc
Une scène qui se répète dans les rendez-vous : votre toiture pourrait accueillir 10 ou 11 kWc, l’installateur vous propose de « faire propre » et de pousser à 10 kWc. C’est presque toujours une mauvaise idée.
Sur une installation de 9 kWc à environ 14 000 € HT, passer à 10 kWc fait basculer toute l’installation à 20 % de TVA au lieu de 5,5 %. Le surcoût lié uniquement à ce changement de taux est de l’ordre de 2 000 à 2 300 € selon le devis. Pour le seul kWc supplémentaire, on table sur 1 100 kWh/an autoconsommés à 30 % au mieux, parce qu’on est déjà bien au-delà des besoins du foyer. La valeur annuelle générée par ce kWc supplémentaire tourne autour de 120 €. Le retour sur le seul surcoût TVA atteint déjà 17 à 19 ans, avant même de payer le panneau qui produit ces 1 100 kWh.
La règle est simple. En dessous de 9 kWc, on raisonne sur la consommation. Au-dessus de 9 kWc, on raisonne sur un projet précis. Sans cas d’usage chiffré, rester à 9 kWc rapporte plus que viser 10 ou 11.
La règle de décision en une phrase
Visez la puissance qui couvre votre consommation diurne sans la dépasser de plus de 30 %, ne franchissez jamais 9 kWc juste pour faire un peu plus, et au-delà de 9 kWc demandez à votre installateur de chiffrer explicitement le retour sur investissement marginal, pas le retour global.
Concrètement, demandez deux devis comparatifs avant de signer. Un premier dimensionné sur votre consommation diurne. Un second à puissance + 30 %. Pour chacun, exigez quatre chiffres : la production annuelle estimée en kWh, le taux d’autoconsommation prévu pour votre profil, l’économie annuelle attendue, et le retour sur investissement. Si l’installateur ne vous donne que le retour global du projet et pas le retour sur les kWc supplémentaires, c’est qu’il préfère vous vendre une grosse installation plutôt qu’une bonne.




